Réserver
en ligne
Recherche

Découvrez la saison 19/20 ! Abonnez-vous en cliquant ici !

Fermer

D'autres mondes et ailleurs…

« On comprend que la révolte ne peut se passer d’un étrange amour.  »
Albert Camus

« Soir bleu. Les vents se sont apaisés.  »
Anna Akhmatova

« Le bonheur est l’imaginaire, l’imaginaire existe.   » 
Niki de Saint-Phalle

Beau comme un soir de théâtre – un « soir bleu », dirait Akhmatova. Il y a nos soeurs de poésie qui veillent sur la maison. Cette saison nouvelle, je la dédie à Agnès Varda, immense cinéaste, photographe, plasticienne, amie délicate et exigeante, généreuse et attentive au monde.

Ce déplacement et cette attente quand la nuit tombe, cette excitation à pousser la porte depuis le quai, c’est le mouvement sacré, perpétuel du théâtre. La maison et ses lumières pour vous, pour nos rencontres chaque soir de théâtre avec la troupe, avec les danseurs et aussi les saltimbanques, les peintres, les éclairagistes, les musiciens…

Une saison nouvelle est l’histoire préméditée de la rencontre entre les artistes et vous, les spectateurs, qui êtes une force, une présence, une écoute et un regard irremplaçables, vivifiants.

Une saison est un éloge des artistes – celles et ceux que l’on découvre, que l’on accompagne et soutient. Je crois au doux entêtement et à l’entêtement des doux, à l’obstination sacrée qui déplace le réel, à la force de la fiction artistique pour changer un temps le bruit du monde. 

Ce qu’il y a d’admirable dans ce qui se joue sur le plateau, c’est la belle vérité que la fiction propose – et encore l’insolente fantaisie. Depuis la première saison, nous n’aurons jamais encapé l’esprit de sérieux, jamais ! 

Après la représentation, ce que l’on emporte est sans prix, ce partage nous a rendus plus libres. La grâce, l’enthousiasme avide, les romances ou les drames, les dédales et les royaumes, tous les récits se font entendre. 

Le Nouveau Hall comme un pont de bateau pour tous, avant la salle des machines que sont nos deux plateaux exceptionnels où apparaissent frères humains et créatures imaginaires. Les rêves y passent en dansant comme des merles blancs et ne vous quittent plus. Il nous faut par le geste poétique, chaque soir, aller contre toute la sauvage endémie du no future auquel les maîtres de tous bords consentent, et il y a nos tentatives, nos inventions pour plus d’imaginaire, d’illuminations contre les conformismes froids, nébuleux et sûrs d’eux-mêmes. 

Cette saison nouvelle dira le monde tel qu’il est et aussi tel qu’on le rêve avec force et intuition, avec ses failles, ses blessures et les moments de grâce qui le traversent, les êtres qui le hantent, la perdition qui l’agite, les âmes qui le renouvèlent. Elle aura un contenu historique, politique – humain plus que jamais, c’est-à-dire poétique. 

Ce visage incertain du monde, il faut la générosité des artistes pour le raconter, le dessiner, l’inventer. Si le rêveur de ce monde se réveille, où en serons-nous ? Si l’artiste ne joue plus du côté du poétique, de la rêverie, du décalage, où irons-nous ? Dans quelle réalité plate, obscure et désespérante nous retrouverons-nous projetés ? 

Oui, par la force du rêve, chaque soir, ces récits nous rendront plus lucides, plus attentifs aux gestes de l’humanité, aux utopies débordantes comme aux désirs minuscules. Le théâtre oeuvre contre la solitude et l’indifférence.

Effondrements et naufrages, névroses et utopies, l’Océan, le politique, le rêve, le psychisme, la fantaisie, l’enfance et l’effroi, l’émerveillement, l’intelligence artificielle, le vaudeville fou, Les Mille et une nuits, et tant d’artistes puissants et sublimes dans cette saison nouvelle...

Un répertoire Molière, Feydeau, Brecht, Alexiévitch, Declerck, Eribon, Adeline Rosenstein, Tiphaine Raffier, Lewis Carroll, Eugène Labiche et Viripaev, Hubert Colas, Serge Kribus, Henrik Ibsen, Virginia Woolf, Stefan Sweig, Jean Giono, Mardrus, Montaigne, Virgile, Proust, Pommerat...

La musique toujours et le théâtre musical, le corps dansant et virtuose, le jazz et Bach, Schubert, Haendel et Brahms, Vivaldi, Aperghis, Debussy, Mozart, Beethoven, Vivaldi, Malher, Liszt, Bartok, Alexandros Markeas…

Des décors, des machineries qui font rêver, les grands textes dramatiques et les écritures de la scène les plus étonnantes et la part plastique au théâtre, et toutes les disciplines représentées et accueillies.
Dans le Nouveau Hall, des Invasions d’artistes, une exposition et performance du Collectif MAGMA, la peinture de Veljko Vidak, une exposition Agnès Varda & Jacques Demy, le photographe star Omar Victor Diop avec André Magnin.

La Criée reste et demeure un théâtre de création avec Emmanuel Meirieu et La fin de l’homme rouge qui a triomphé, Christian Hecq et Valérie Lesort avec La Mouche (en coréalisation avec le Gymnase), Duncan Evenou & Lancelot Hamelin avec L’Assemblée des rêves (dans le cadre du Festival Actoral), Edith Amsellem et Virginia à la bibliothèque (avec les bibliothèques du Merlan et de l’Alcazar, en coréalisation avec le Merlan, scène nationale).

Et bien sûr Lewis versus Alice, autour de Lewis Carroll et d’Alice son héroïne, que je créerai au Festival d’Avignon le 14 juillet 2019, avec en écho Trouble Fête, Collections curieuses et choses inquiètes, une installation à la Maison Jean Vilar.

La revue ÉCRITS-CRIÉE, dite CRI-CRI, continue ses nouages fastes entre les artistes et les chercheurs car les savoirs et les pratiques, les concepts et les inventions poétiques ne s’opposent pas mais se répondent, s’inquiètent réciproquement, et début septembre, sortira le numéro 2.

Votre regard nous fait vivre, exister et votre présence fait s’approfondir l’aventure de notre théâtre saison après saison. Votre fidélité est notre force et renouvelle notre conviction heureuse. Il y a une telle joie pour les équipes, j’allai écrire l’équipage ! de La Criée et moi-même, à vous accueillir et à partager et vivre avec vous des soirs étonnants. Des soirs bleus.

Macha Makeïeff

L'artiste

« Everything is queer today », said Alice.
Lewis Carroll