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Pop Philo - Esprit « critique » es-tu là ?

C’est avec la complicité d’amis philosophes que Jacques Serrano a réactivé, voilà une douzaine d’années, le concept de Pop Philosophie proposé par Gilles Deleuze à la fin des années 70. En 2009 Jacques Serrano présente à Marseille la première édition de la Semaine de la Pop Philosophie.

Pour sa neuvième édition, la Semaine de la Pop Philosophie présente « Croyances » autour de trois axes : « Croyance et philosophie », « Croyance et politique » et « Croyance et neuroscience », sans oublier un des moments forts de cette semaine consacré aux « Miracles ». À cette occasion seront réunis de grandes figures de la pensée contemporaine et de jeunes essayistes.

Comment poser aujourd’hui le problème de la croyance ?

Face aux « kalachnikovs des âmes tourmentées »* le problème de la croyance requiert plus que jamais le regard du philosophe et le secours du concept pour tenter de saisir, dans la pluralité de ses expressions, un phénomène qui par nature excède la rationalité. Apanage traditionnel du domaine religieux, la croyance produit des effets qui débordent de plus en plus sur l’ensemble du corps social, jusqu’au politique qui fait lui-même objet de croyances.

L’espace théologico-politique dans lequel nous vivons, pour reprendre l’expression de Spinoza, n’a d’autre but que le salut par l’obéissance et la soumission au détriment de la liberté. Il est donc plus que jamais nécessaire de déconstruire ce qui au sein de la croyance favorise la superstition et l’ignorance, au moyen par exemple de l’approche zététique qui fait de l’ « art du doute » un outil au service de l’intelligence collective. Cependant, par-delà les dangers que porte en elle la part irrationnelle de toute pensée, il importe aussi de reconsidérer ce que nous nommons « croyance » en proposant par exemple un « régime irréligieux du divin » comme l’écrit le philosophe Quentin Meillassoux.
 
En initiant cette semaine pop philosophique, Jacques Serrano vise à faire découvrir au public des approches plus sophistiquées de la croyance : « L’irrationnel est une composante de l’esprit, nous devons œuvrer à sa sophistication tout en essayant de comprendre les résistances inhérentes à son processus »** : Créer de nouveaux possibles, voilà peut-être l’un des premiers enjeux de ce festival consacré à la croyance.

Thibault Calmus

*Philippe Corcuff - **Jacques Serrano

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PROGRAMME


Lundi 23 octobre - 20h

Henri Atlan – Philosophe et médecin biologiste
« Le sot croira n’importe quoi »
Triangle autour du vrai : croyance, savoir, certitude. Nous sommes déterminés par nos croyances mais celles-ci sont de différentes sortes et n’ont pas toutes la même valeur. Essai de classification de différents régimes de croyance :
-    Énoncés de credo dans les religions proprement dites à profession de foi.
-    Croyances pratiques.
-    Etats modifiés de conscience.
-    Représentations sociales collectives plus ou moins ritualisées.

Croyances scientifiques : visée de transformation en savoir universel. Différents stades : hypothétiques et théoriques dans la construction empirico-logique du savoir. Dévoiements du langage et perversions de la vérité : information et communication.

Henri Atlan est philosophe, écrivain et médecin biologiste. Professeur émérite de biophysique, directeur du centre de recherche en biologie humaine de l’hôpital universitaire d’Hadassah à Jérusalem ainsi que directeur d’études de l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS). Henri Atlan est aussi membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Entracte

Claude Hagège – Linguiste, professeur au Collège de France.
« Violence et religion »
Les religions monothéistes de l’Occident ont pour propos de répondre, toutes les trois, à la tentation humaine d’exorciser la mort, non reconnue dans sa nécessité biologique, ainsi qu’au besoin d’apaiser la soif de transcendance, en instaurant un pouvoir plus qu’humain, surplombant toute initiative personnelle et rétribuant, dans un au-delà promis, les actions des hommes durant leur vie terrestre. Cette analogie de vocation devrait, par sa nature même, rendre les trois monothéismes solidaires. Or on observe, tout au contraire, que les conflits les plus violents ont opposé les unes aux autres, dès l’origine, ces religions. Une première cause est l’assurance, chez les tenants de chacune d’elles, de posséder la vérité sur les destinées humaines et sur Dieu. Une autre cause est l’appétit de pouvoir qui habite les autorités politiques de chaque collectivité, et l’instrumentalisation de la foi religieuse à des fins de domination. Ainsi peuvent s’expliquer les violences comme les Croisades, fondées sur la volonté chrétienne de chasser les musulmans des lieux saints du christianisme, ou, au sein même de cette religion, les guerres qui, dans la seconde moitié du XVIème siècle en France, ont opposé catholiques et protestants, moins, sans doute, sur des problèmes de dogme que pour des raisons politiques.

Claude Hagège est un linguiste français. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, agrégé de lettres, directeur d'études en linguistique structurale à l'École pratique des hautes études, il est titulaire de la chaire de théorie linguistique au Collège de France. Son dernier ouvrage Les religions, la parole, la violence vient d’être publié aux éditions Odile Jacob.


Mardi 24 octobre - 20h

Antoine Buéno – écrivain
« La magie du vote »


A première vue, rien de plus rationnel que la démocratie représentative. Un homme, une voix. Une voix plus une voix = une majorité. C'est mathématique, c'est arithmétique. Difficile de faire plus cartésien. Mais à y regarder de plus près, notre République est enchantée. Enchantée par la magie du vote. Oui, le vote est un acte magique par excellence. Il repose sur une double croyance. D'une part, celle que chacun a, a priori, la compétence de désigner ses gouvernants. D'autre part, celle que chaque citoyen peut effectivement participer par la voie du vote au destin collectif. Comme tout acte magique, le vote s'accompagne d'un rituel, la grande messe républicaine de l'élection présidentielle. C'est aussi de ce point de vue que notre régime est une monarchie républicaine. Comme le roi thaumaturge, capable de guérir les écrouelles par apposition des mains, le roi-président républicain imprègne de son pouvoir l'ensemble de tous ceux qu'il nomme aux très nombreux postes et places qu'il lui incombe institutionnellement de pourvoir. Par la magie du vote, l'élu imprègne de sa légitimité tous ceux qu'il touche, ou plutôt tous ceux qui sont touchés par sa grâce. La magie du vote, c'est aussi l’irrationalité de la croyance dans son utilité. Une croyance qui ne résiste pas longtemps à l'analyse lorsque l'on sait que l'essentiel du pouvoir est détenu dans nos sociétés modernes par des autorités non élues (administration, ministres, commissaires européens), que 9 élus sur 10, à savoir les élus des assemblées locales et parlementaires, n'ont aucun pouvoir et que les élus des exécutifs, qui pourraient théoriquement agir, n'y ont aucun intérêt étant piégés dans un système par nature carriériste et clientéliste. Raison pour laquelle la magie a du mal à continuer d'opérer si l'on en juge par le taux d'abstention aux dernières présidentielles et législatives. Et surtout par le fait que l'abstentionnisme se structure en une véritable force de pression politique...

Antoine Buéno est écrivain, chargé de mission au Sénat, maître de conférences à Science Po et chroniqueur. Il est aussi le créateur du prix littéraire Le prix du Style. En 2012, dans le cadre de la Semaine de la Pop Philosophie, Il a présenté au Théâtre National de La Criée Politiquement schtroumpf.

Entracte

Philippe Corcuff  - Sociologue
"Chansons populaires, spiritualité sans dieux et trouble agnostique dans les croyances politiques"

L'exploration du sens et des valeurs de l'existence, c'est-à-dire le domaine du questionnement spirituel, n'appartient pas nécessairement aux religions. Nombre de chansons populaires se font ainsi écho des doutes et de la quête existentiels, en témoignant du caractère ordinaire des interrogations spirituelles. On s'arrêtera plus précisément sur deux chansons d'Alain Souchon, Foule sentimentale (1993) et Si en plus y'a personne (2005). Ce qui laisse une place à une spiritualité agnostique, mettant entre parenthèses la figure de(s) Dieu(x). Ni religieuse, ni antireligieuse, cette spiritualité agnostique ouvre un autre chemin que celui des absolus, qu'il s'agisse de l'argent-roi ou du djihadisme meurtrier, et que celui du relativisme du "tout se vaut". Elle ouvre alors la possibilité d'une spiritualisation de la politique, de plus en plus desséchée dans la professionnalisation comme dans le marketing de la fausse "politique autrement". Cependant, spiritualiser la politique en ce sens supposerait aussi rompre avec la religiosité politique, qui réintroduit subrepticement, sans qu'on y prenne garde, comme l'a encore mis en évidence la campagne présidentielle de 2017, des croyances dogmatiques vis-à-vis de personnes et/ou de discours politiques. Source de réenchantement politique en partant des fragilités de la vie ordinaire, un agnosticisme spirituel permettrait donc également de prendre des distances critiques vis-à-vis des dogmatismes concurrents dans l'expression des légitimes convictions politiques.

Philippe Corcuff, maître de conférences en sciences politiques à l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon, membre du conseil scientifique de l'association altermondialiste  Attac et de la Fédération Anarchiste, ancien chroniqueur de Charlie Hebdo, auteur notamment de Pour une spiritualité sans dieux (Editions Textuel, 2017)


Lundi 25 octobre - 19h

Michel Guérin – Philosophe et écrivain
« Croyance et scepticisme »

Selon des stéréotypes tenaces, le geste de croire et celui de douter s’opposeraient frontalement. D’un côté, ce qu’on rassemble sous l’enseigne de scepticisme désigne une posture de distance critique par rapport aux idées reçues et aux dogmes qui prétendent faire autorité. De l’autre côté, les croyances impliquent une adhésion à des hommes, un assentiment à des opinions, une confiance ou un crédit placés en telle ou telle institution, entité, voire divinité. Or, une analyse de la croyance fait apparaître plusieurs caractères qui dissuadent de persister dans l’opposition simple : croire/douter.
D’abord, on observe deux sources du croire, qui souvent se renforcent. La première correspond à l’idée de crédit : croire, c’est placer sa confiance, s’en remettre à une instance supérieure de sa propre sauvegarde ; c’est le credere latin. L’autre source renvoie au verbe sentire, qui signifie « penser » au sens très large, juger, opiner. Bref, la confiance et l’opinion apparaissent comme les deux ressorts du croire.
Ensuite, on se demandera si la dichotomie supposée depuis Platon entre l’opinion et le savoir résiste à la critique. Pour que l’opposition soit sensée, en effet, il faudrait que les deux termes se trouvent sur un même plan ; or, l’opinion n’est ni vraie ni fausse. L’opinion est autre chose qu’une moindre science, que le ratage d’une connaissance.
Enfin, admis que ce n’est pas du savoir qu’il s’agit, mais de la pragmatique de la vie sociale, on essaiera de substituer à l’alternative vrai/faux l’alternative sain/pathologique. Dans ce sillage on ne pourra que méditer sur l’oscillation de la croyance saine entre croire et « décroire », pour apercevoir que nombre de nos croyances sont bien plus…sceptiques qu’on…ne le croit !

Michel Guérin est un écrivain et philosophe français. Professeur émérite de l’Université d’Aix-Marseille et membre honoraire de l’Institut universitaire de France. La notion de Figure est au cœur de l’œuvre de l’auteur, qu’elle soit étudiée (philosophiquement) pour elle-même ou qu’elle permette, en qualité d’instrument de pensée relayé par l’écriture, de saisir intuitivement et singulièrement des motifs littéraires, artistiques, historiques.

Entracte

Henri Broch - Biophysicien
« Esprit critique es-tu là ? »

Zététiquoi ? ... Qu'est-ce que c'est ce truc bizarre ?...
La Zététique est la «méthode dont on se sert pour pénétrer la raison et la nature des choses» (Littré) et se résume par l'expression "L'Art du Doute", base de la méthode scientifique.

Quelles sont les facettes de cette démarche rigoureuse à adopter lorsqu'on aborde des sujets aussi brûlants que la parapsychologie, l'astrologie, les médecines magiques, les mystères de l'archéologie fantastique ou le surnaturel ? Quelles sont les raisons qui poussent à croire ? Comment tester un degré de croyance ? Comment peut s'installer un comportement superstitieux ? Les croyances sont elles affaires individuelles ou collectives ? Tout phénomène hors-normes est-il explicable ?... Tous ces questionnements peuvent être abordés avec des exemples concrets, du "suaire de Turin" au "miracle" du sang de saint Janvier, en passant par le "cosmonaute" maya de Palenque et les ovnis, les tests de télépathie et psychokinèse ou encore la marche sur le feu...

Mais la zététique, souvent présentée dans les médias comme l'approche scientifique
des phénomènes dits "paranormaux", ne se restreint évidemment pas à ce seul domaine. Elle est un pilier fondamental du développement de l'esprit critique au service de tous les citoyens et le physicien Henri BROCH nous convie dans cette conférence-diaporama à en découvrir Les Règles d'Or qui sont la base même de tout traité d'autodéfense intellectuelle.

Henri Broch est biophysicien et membre de l’Académie des Sciences de New-York ainsi que de la Société Royale des Sciences de Liège. Docteur ès Sciences, il est le fondateur du laboratoire de Zététique et de l’enseignement de Zététique à l’Université Nice Sophia Antipolis. Parallèlement à ses travaux de Biophysique théorique, il s’intéresse au phénomène du « paranormal » à partir d’une approche rationaliste et sceptique que définit la méthode zététique.

Henri Atlan Philosophe et médecin biologiste - Claude Hagège Linguiste et professeur au Collège de France - Alexis Lacroix Essayiste et journaliste à l'Express - Antoine Buéno Ecrivain - Philippe Corcuff Sociologue, maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politique de Lyon - Michel Guérin Philosophe et écrivain - Henri Broch Biophysicien, fondateur du laboratoire de Zététique à l’Université de Nice Sophia Antipolis - Robert Maggiori Philosophe et journaliste à Libération - Philippe Nassif Philosophe, conférencier, conseiller de la rédaction à Philosophie magazine et conseiller en identité narrative -  Jean-Claude Bologne Philologue et écrivain - Nelly George-Picot Rédactrice en chef de la revue Zone Sensible - Martin Legros Rédacteur en chef de Philosophie magazine - Catherine Kintzler Philosophe - Floriane Chinsky Rabbin et sociologue - Tareq Oubrou Imam - Christophe Habas Ancien Grand maître du Grand Orient de France et neuro-radiologue - Pacôme Thiellement Ecrivain - Serge Goldman (sous réserve) Neuroscientifique - Françoise Gaillard Historienne des idées - Pamela King  Psychanalyste et vice présidente de Democrat Abroad France - Antoine Hennion Sociologue de la musique - André Rossi Organiste.