Courteline, amour noir [création]

Georges Courteline
Jean-Louis Benoit

12 au 28 janvier 2012
Grand Théâtre

Durée 1h30

Représentations
mardi 17, 24 janvier 19h
mercredi 18, 25 janvier 19h
jeudi 12, 19, 26 janvier 20h
vendredi 13, 20, 27 janvier20h
samedi 14, 21, 28  janvier 20h
dimanche 22 janvier 15h

Spectacle proposé en audio-description pour les personnes aveugles et malvoyantes
samedi 21 à 15h  et dimanche 22 à 20h
(sur réservation).
Casque et programme en braille et gros caractères à retirer gratuitement à l’accueil les soirs de représentations.

Georges Moineaux, dit Courteline (1858 – 1929)
Fils de l’humoriste vaudevilliste Julien Moineaux, il mène une carrière de journaliste et crée une revue poétique. Il écrit Les Gaîtés de l’escadron, Le Train de 8h47, Lidoire, Souvenirs cocasses de l’armée. À 35 ans il publie chez Flammarion Messieurs les ronds-de-cuir, Boubouroche. Immense succès. Il est joué au Théâtre Libre d’Antoine, au Grand-Guignol, au Théâtre Antoine… Suivent La Peur des coups (1897), Les Boulingrin (1898) La Conversion d’Alceste (1903), La Paix chez soi (1903), Les Linottes (1912), …

Jean-Louis Benoit
Il participe à la création du Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes (il est directeur de 1996 à 2001). Il écrit et met en scène Un Conseil de classe très ordinaire ; Les Vœux du Président ; La Nuit, la télévision et la guerre du Golfe ; La Peau et les os d’Hyvernaud ; Les Ratés de Lenormand… À la Comédie-Française, Les Fourberies de Scapin, Le Revizor de Gogol, Le Bourgeois gentilhomme et Le Menteur. Au Festival d’Avignon Henri V de Shakespeare, La Trilogie de la villégiature de Goldoni. De 2002 à juin 2011 il dirige le Théâtre de La Criée, où il crée Schippel de Sternheim, Ruzante de Beolco, Les Caprices de Marianne de Musset, Du Malheur d’avoir de l’esprit de Griboïedov, De Gaulle en mai, La Nuit des rois de Shakespeare, Un Pied dans le crime de Labiche… Scénariste pour la télévision et le cinéma, il a également réalisé plusieurs films.

Coproduction Théâtre National de Marseille La Criée, La compagnie de Jean-Louis Benoit
La compagnie de Jean-Louis Benoit est subventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication

Création Théâtre National de Marseille La Criée, janvier 2012
 

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La Peur des coups, La Paix chez soi, Les Boulingrin, trois pièces relatives à « la vie de couple », mettent en scène un lâche avec une épouse trop belle, un littérateur minable et mesquin avec une petite femme rouée, un couple haineux qui passe son temps à se déchirer et à déchirer son invité jusqu’à la terrible explosion finale, résolument dévastatrice.

avec Thomas Blanchard, Ninon Brétécher, Valérie Keruzoré, Sébastien Thiéry

décor Laurent Peduzzi - costumes Marie Sartoux

 

 

 « Un acte, un seul acte, voilà ma mesure au théâtre. »
Courteline

« Il n’a pas l’air gai, Monsieur Courteline, avec sa figure triste, sa démarche dolente et son geste uniforme pour ramener quelques cheveux sur ses tempes ; mais, avec son air de pompes funèbres, il a mis la salle en joie… »
Propos d’un journaliste, 1898

Courteline ne combine pas d’intrigues. Le quiproquo lui est étranger. Il n’a aucune disposition pour la « machine bien faite » à la Labiche ou à la Feydeau, pour ne citer que les plus connus. Ce n’est pas un charpentier. Courteline fait court. Il écrit donc des « saynètes ». Ses sujets ne comportent pas de développement. Il ne complique pas. Si bien que ce fils de vaudevilliste va aller contre la tradition comique du temps et écrire ce qui se situe à l’opposé du vaudeville : la « tranche de vie ». Cruelle, féroce, réaliste, « quotidienne ». C’est toujours court, une tranche de vie, et c’est souvent cruel et féroce : son auteur veut frapper vite et fort. Il n’a pas le temps. Et Courteline, avec ces trois pièces, va exceller à mettre en jeu, avec rapidité et grand mouvement, des rapports hommes-femmes particulièrement « vrais », particulièrement sombres, situés bien en dessous du médiocre. Personnages teigneux, sans amour véritable. Toujours proches de la vie ordinaire, de « notre » propre vie, à la différence des vaudevilles de Feydeau dans lesquels nous ne nous reconnaissons jamais. On se reconnaît chez Courteline. Le miroir qu’il nous tend est peu déformant.
Courteline est un pessimiste, bien entendu. Un pessimiste pourvu d’un don d’observation aussi aigu que celui de Labiche, autre grand pessimiste. Ce pourrait être du Henri Becque, mais cela n’en est pas pour une simple et bonne raison : c’est drôle. Très drôle. La forte intensité comique de ces « saynètes » est terrible, surréelle. On n’avait jamais vu sur scène de telles farces, et on n’en verra jamais plus.
Comique et triste inévitablement, comme le furent les « saynètes » de Karl Valentin, Courteline, Amour noir veut relire, revoir et redécouvrir cet auteur de génie.
Jean-Louis Benoit, décembre 2010