du 12 au 21 mars 2010
Petit Théâtre
Horaires :
- Vendredi 12, jeudi 18 et vendredi 19 mars à 19h
- Samedi 13, dimanche 14, samedi 20 et dimanche 21 à 15h
Avec Valentine Carette, Valérie Crunchant, Camille Grandville,
Pascal Omhovère, Myriam Sokoloff
d’après l’œuvre de Germaine Tillion
conception Xavier Marchand et Sharmila Naudou
mise en scène Xavier Marchand
assistante mise en scène Clotilde Ramondou
scénographie Michel Jacquelin
lumières Marie Vincent
bande sonore Josef Avelmeïr
costumes Claire Salmon Legagneur
crédit photo pour les visuels Hervé Kielwasser
Production › Compagnie Lanicolacheur.
Coproduction › Atelier du Rhin, CDR d’Alsace, Théâtre des Salins - Scène nationale de Martigues, 3bisF - Aix en Provence, Théâtre National de Marseille La Criée Marseille.
Création › La Comédie de l'Est – Centre dramatique régional d'Alsace - Colmar, décembre 2009.
On connaît Germaine Tillion (1907-2008) pour son action de résistante et de déportée au cours de la Seconde Guerre mondiale, pour ses interventions pendant la guerre d’Algérie qui dénoncent la torture et pour ses grands livres d’ethnologie.
Il était une fois l’ethnographie, Une opérette à Ravensbrück, Les Ennemis complémentaires constituent le matériau principal de ce spectacle Il était une fois Germaine Tillion composé en trois parties et porté par cinq acteurs. Avec cartes, photos, films, récits en langue berbère et chants, chaque partie propose une théâtralité qui lui est propre. La première partie est axée sur le voyage de Germaine Tillion dans l’Aurès algérien (1934-1940), la deuxième sur sa période concentrationnaire à Ravensbrück (1943-1945), la troisième sur la guerre d’Algérie.
Trois périodes charpentent la vie assez extraordinaire de Germaine Tillion : ses missions de jeune ethnologue dans l’Aurès algérien entre 1934 et 1939, son entrée en résistance et sa déportation entre 1940 et 1945, puis son implication active durant la guerre d’Algérie. Chacune de ces trois périodes fait l’objet d’un livre, dans lequel elle relate et réfléchit les évènements à l’aune de sa propre expérience. Aimant raconter des histoires, elle donne à ses écrits une forme peu conventionnelle de la part d’une scientifique, et adopte un ton alerte, emprunt d’un humour qu’elle érige en attitude ; à ce titre elle va composer au camp de Ravensbrück, une opérette destinée à faire rire ses camarades, et tenter de lutter ainsi contre l’entreprise de déshumanisation dont elles font parties. Lutte contre l’ignorance et pour l’instruction, lutte contre l’oppresseur nazi, lutte pour tâcher de faire dialoguer « les ennemis complémentaires » que furent la France et l’Algérie: tels sont quelques uns des engagements qui orientèrent sa vie. En parcourant ces trois livres, le spectacle nous entraîne vers ces lieux, ces temps d’expérience et d’action, fondements de la pensée passionnante de cette grande dame, ethnologue engagée. Les grilles de déchiffrement qu’elle propose peuvent s’appliquer à bon nombre de conflits actuels.
Xavier Marchand
Vouloir monter un spectacle autour de la figure de Germaine Tillion relève sans doute d’une gageure puisque ses écrits (hormis son opérette) n’ont aucune structure dramatique. Mais j’ai souvent travaillé sur des matériaux de ce type, toujours guidé par la forme d’oralité que certains auteurs donnent à leurs textes. Comme bien d’autres, j’ai été séduit par la vivacité de la pensée, de l’écriture et du verbe de cette grande Dame. Ses champs d’analyses s’étendent sur des domaines et des périodes proches, à savoir : l’ethnologie appliquée à des populations musulmanes durant l’époque coloniale, la structure et la fonction du camp de Ravensbrück, et la guerre d’Algérie. Quel que soit le sujet traité, elle procède avec le même souci de discernement, de précision, d’attention à l’Autre. Jamais donneuse de leçons, ce à quoi appelle sa parole, c’est à une forme de discipline de l’esprit qui doit guider l’engagement et l’action. C’est toujours à l’expérience qu’elle se réfère lorsqu’elle est confrontée à des situations présentant des similitudes : les conditions de vie précaires de ses missions dans l’Aurès lui permettent d’endurer les rigueurs de Ravensbrück, son passé de résistante en 1940 la rend sensible à la clandestinité algérienne.
Xavier Marchand, avril 2009

Autour du spectacle : rencontre et projections de films…
RENCONTRE :
Samedi 13 mars › 20h Rencontre animée par Thierry Fabre, directeur de La Pensée du midi et Christian Bromberger, ethnologue, autour de l’œuvre de Germaine Tillion
PROJECTIONS :
Dimanche 14 mars › 11h projection La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (1965, 35mm, N&B, 1h57)
avec Brahim Haggiag, Jean Martin, Saadi Yacef
Samedi 20 mars › 20h projection Rome plutôt que vous de Tariq Teguia (2007, 1h57)
Dimanche 21 mars › 11h projection Le Petit soldat de Jean-Luc Godard (1960, 1h27)
Journées organisées en partenariat avec l’Association Germaine Tillion, aflam (diffusion des cinémas arabes) et La pensée de midi (revue littéraire et de débats d’idée).
En savoir plus sur les projections de films
Visionnez l'entretien de Germaine Tillion avec Christian Bromberger, Professeur à l’Université de Provence et Thierry Fabre, Responsable du pôle Euro-méditerranée de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.
Ecoutez l'interview de Xavier Marchand réalisé par Radio Grenouille
Germaine Tillion (1907-2008)
1907 : naissance à Allègre (Haute-Loire).
Formation d’ethnologue. Licenciée en lettres, diplômée de l’École pratique des Hautes études.
1934-1940 : séjourne en Algérie pour étudier l’ethnie berbère des Chaouis.
Devient chef du bureau de Résistance du Musée de l’Homme.
1943-1945 : dénoncée, elle est déportée à Ravensbrück. Pendant son internement, elle écrit une opérette : Le Verfügbar aux Enfers, (le « verfügbar » étant la déportée soumise aux corvées par refus de travail.)
1945 : après la guerre, elle se consacre à des travaux sur l’étude de la Seconde Guerre mondiale.
1954 : séjourne en Algérie, participe à la création de centres sociaux.
1957-1962 : elle s’élève contre la torture et les exécutions capitales durant la guerre d’Algérie.
1966 : elle écrit Le Harem et les cousins, étude sur la condition féminine dans le bassin méditerranéen.
1966-1974 : elle est en mission scientifique chez les Maures, les Touaregs et au Moyen Orient.
1978 : elle devient présidente de la section française du Groupement pour les Minorités.
2000 : elle signe la demande faite à l’État français de condamner le torture en Algérie.
2004 : elle signe le manifeste condamnant la pratique de la torture en Irak.
2008 : elle meurt, à 101 ans, à Saint-Mandé, dans la région parisienne.
Xavier Marchand
Formé au Conservatoire national d’art dramatique de Paris, il fonde en 1987 la compagnie Lanicolacheur. Il choisit de privilégier un théâtre du langage, du verbe, des écrits non théâtraux et mène à Marseille des projets réunissant des artistes de différentes disciplines autour de la culture des communautés qui y vivent. Ses dernières créations : Premier Amour de Samuel Beckett, Le Crépuscule des clochards de Raymond Federman et George Chambers, La Lecture, ce vice impuni de Stéphane Olry.