du 20 au 29 novembre 2009
Relâche le dimanche 22 novembre
Petit Théâtre
Horaires :
- Vendredi 20, samedi 21, jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 novembre à 20h
- Mardi 24 et mercredi 25 novembre à 19h
- Dimanche 29 novembre à 15h
Avec Nathalie Richard, Dominique Valadié, Ninon Brétécher, Jean-Pol Dubois, Arnaud Décarsin, Jean-Claude Leguay, Jean-Marc Bihour, Luc Tremblais, Dominique Compagnon, Laurent Montel, Guillaume Clausse et Juliette Augert, Claire Calvi, Pauline Méreuze
de William Shakespeare
traduction Jean-Michel Déprats
mise en scène Jean-Louis Benoit
collaboration artistique Karen Rencurel
scénographie Jean Haas
costumes Marie Sartoux
lumières Jean-Pascal Pracht
maquillages et perruques
Cécile Kretschmar
son Jérémie Tison
chorégraphie Lionel Hoche
assistante mise en scène Kéti Irubetagoyena
fabrication du décor Atelier Devineau
fabrication des costumes Atelier Caraco
Coproduction › Théâtre National de Marseille La Criée,
avec le soutien du Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques,
D.R.A.C. et Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Création › Théâtre National de Marseille La Criée, novembre 2009.
Texte publié aux Éditions Théâtrales.
Spectacle en tournée : voir les dates
Un bateau fait naufrage. Rescapée, une jeune femme, Viola, sort de la mer. Elle découvre alors un pays qu’elle ne connaît pas et qui n’a rien de merveilleux : l’Illyrie. Son frère jumeau, Sébastien, a, lui, été englouti par les flots. Elle apprend qu’une comtesse des lieux, Olivia, porte, elle aussi, le deuil d’un frère aimé. Elle veut entrer à son service, revêt des habits d’homme semblables à ceux de son frère Sébastien, mais c’est d’Orsino, un prince amoureux de la comtesse, qu’elle sera le page et messager de son amour auprès d’Olivia. Bien vite, Viola, qui se fait nommer Césario, aime son maître Orsino... Malentendus, quiproquos, méprises s’ensuivent nécessairement.
Les personnages de La Nuit des rois sont des aristocrates élégants qui s’ennuient au bord de la mer, cette mer cruelle qui s’acharne à séparer les familles et à briser les liens. Parmi eux, Viola travestie, être androgyne, trouble et troublant, lutte en vérité contre la mort qui lui a volé une part d’elle-même : son frère jumeau. Il lui faut se reconstituer. Dans ce jeu de doubles et de reflets où l’autre est comme l’écho de vous-même, où la raison et la déraison, la gravité et la farce semblent se répondre, elle seule obtiendra ce qu’elle veut : l’amour d’Orsino et la « résurrection » de son frère. Passer de la mer à la terre d’Illyrie aura constitué pour Viola le passage du mystère au réel. Plus d’une fois, cheminant entre des scènes de pures bouffonneries, elle prendra le risque de se perdre dans ce nouveau monde, mais grâce au « hasard », la confusion, les violences et les dangers de mort auxquels la comédie a dû faire face seront déjoués. Etrange expérience pour cette jeune fille qui déclare à son frère jumeau, devant tout le monde, en fin de comédie, qu’elle est Viola ! Révélée, reconnue, redevenue elle-même après avoir passé le danger diabolique du déguisement, elle peut considérer maintenant que le monde réel est vraiment « merveilleux ». Viola peut fêter sa propre épiphanie.
Jean-Louis Benoit, avril 2009
John Manningham, qui assista, le 2 février 1602, à une représentation de La Nuit des rois :
« À notre fête nous eûmes une pièce intitulée La Douzième Nuit ou ce que vous voudrez, fort semblable à La Comédie des erreurs ou aux Ménechmes de Plaute, mais ressemblant par-dessus tout à une pièce en italien intitulé Inganni (Les Erreurs). Un bon tour qu’elle contient est de faire croire à l’Intendant que sa Dame, une veuve, est amoureuse de lui, en contrefaisant une lettre en termes généraux comme si elle venait de sa Dame, lui disant ce qu’elle préférait en lui, et lui prescrivant sa conduite en termes de sourire et d’habillement & c., et quand il passe à l’exécution lui faisant croire qu’on le tenait pour fou. »
Les jumeaux symbolisent la dualité ou les contradictions internes de l’homme et, lorsqu’ils se ressemblent au point d’être chacun une copie de l’autre, expriment « l’unité d’une dualité équilibrée ». Tous les héros jumeaux de la mythologie indo-européenne, comme Castor et Pollux, fils de Zeus (les Gémeaux dans les constellations), sont protecteurs, guérisseurs et sauvent des dangers.
[…] Les jumeaux, surtout les vrais jumeaux, sont unis par un lien de sympatie tel que, même séparés, chacun ressent les menaces, les peines et les joies de l’autre.
Éloïse Mozzani, Les Livres des superstitions,
éditions Bouquins Robert Laffont
Shakespeare revient au thème de la gémellité, d’une gémellité hétérozygote, comme celle dont il a l’expérience avec ses enfants Hamnet et Judith. Hamnet est mort depuis cinq ans. Le travesti masculin auquel Viola décide d’avoir recours, comme Rosalind avant elle, recrée les conditions du malentendu exploité par La Comédie des erreurs. Une fois habillée en garçon, Viola ressemble à Sébastien comme une goutte d’eau à une autre. Au moment où elle a le sentiment que son frère Sébastien a survécu comme elle au naufrage parce que l’on vient de prononcer son nom après l’avoir prise pour lui, elle livre le secret de son déguisement et l’on constate que celui-ci était loin d’obéir seulement à une nécessité pratique.
Le travesti est non seulement un masque destiné à protéger Viola et à celer son identité jusqu’au moment où il lui sera possible de la révéler, mais encore un rite par lequel elle recrée le jumeau mort ou, en tout cas, disparu, comble son absence qui la déchire, appelle son retour.
Jean-Marie et Angela Maguin,
William Shakespeare, éditions Fayard
[…] Une des grandes leçons de la comédie shakespearienne, où nous voyageons, d’une pièce à l’autre, dans des mondes théâtraux d’une richesse inépuisable, c’est de nous émerveiller néanmoins du réel, de rire devant le vrai monde des hommes soudain transfiguré. L’émerveillement s’oppose, pourrait-on dire, à l’ennui. Selon la vision ennuyeuse, tout est dit, tout se répète, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Dans l’émerveillement, on est sauvé de cette « morne incuriosité » ou de ce désespoir fiévreux par la soudaine découverte d’autre chose : d’un monde qui change et d’un moi capable de se transformer.
Michael Edwards, Shakespeare et la comédie de l’émerveillement,
éditions Desclée de Brouwer

Le spectacle fini sa tournée...
Maison de la culture d'Amiens
18 et 19 mars 2010
« J’ai toujours eu envie de mettre en scène une comédie de Shakespeare. Généralement, en France, on monte plutôt ses grandes tragédies. Si La Nuit des rois
me plaît tant, c’est parce qu’elle raconte de façon magnifique la quête de l’identité. C’est un thème passionnant. Durant toute la pièce, une jeune fille lutte contre l’idée de la mort de son frère jumeau. Sans même s’en rendre compte, elle part ainsi à la recherche d’elle-même. Dans cette pièce, Shakespeare tisse les fils de la farce et de l’amour de façon noble et lumineuse, de façon particulièrement délicate.»
Jean-Louis Benoit, La Terrasse, oct 2009
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En savoir plus sur les répétitions
Téléchargez le dossier pédagogique édité par le CRDP d'Aix-Marseille, coll. Pièce (dé)montée
Le titre anglais de la comédie, Twelfh night, signifie littéralement « la douzième nuit », ou le « douzième soir », c’est-à-dire, dans le calendrier d’alors, fixé ainsi depuis le IVème siècle, la douzième des « nuits de Noël » dont la première est, bien sûr, le 25 décembre. Cette date correspond dans le calendrier au 6 janvier, fête de l’Épiphanie, qui commémore la vision des rois mages conduits dans la nuit par une étoile vers l’enfant nouveau-né, Jésus ; d’où l’allusion dans le titre habituel en français à « la nuit des rois ».
Ces douze nuits de la tradition chrétienne s’accompagnaient dans toute l’Europe d’alors de manifestations de joie collective, de « masques et mascarades » comme Sir Andrew les aime, et de représentations théâtrales, héritage sans doute des traditions festives des « Douze Nuits » propres aux calendriers celte et germanique et de la tradition romaine antique des Saturnales ou Calendes de Janvier. Nombre de pièces de théâtre aux titres et aux sujets les plus divers furent créées pour ces fêtes de Noël et la comédie La Nuit des rois a été jouée à la cour d’Élisabeth Ière un soir de « douzième nuit », le 6 janvier 1601, date sans doute de sa première représentation.
La Nuit des rois, éditions Théâtrales, annotée par Gisèle Venet