Médée

Euripide
Laurent Fréchuret

1 au 4 décembre 2010
Petit Théâtre

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines
Centre dramatique national

 Petit théâtre - 2h10


avec Xavier Boulanger, Takumi Fukushima, Catherine Germain, Dominique Lentin, Mireille Mossé, Jean-François Pauvros,
Martin Selze, Zobeida, (distribution en cours)

traduction Florence Dupont
scénographie Stéphanie Mathieu
lumières Franck Thévenon
son François Chabrier
musique Dominique Lentin, Takumi Fukushima, Jean-François Pauvros
costumes Martha Romero
maquillages et coiffures Françoise Chaumayrac
regard chorégraphique Thierry Thieû Niang
images Pierre Grange
assistant à la mise en scène, dramaturgie Renaud Lescuyer

Production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines - CDN
Coproduction Nouveau Théâtre - CDN de Besançon et de Franche-Comté, Théâtre Dijon-Bourgogne - CDN

Création Théâtre de Sartrouville, octobre 2009

Texte publié aux Éditions Kimé
 

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« Médée répudiée, humiliée, désespérée » annonce la nourrice au début de la tragédie. Celle qui a trahi sa famille et sa terre pour suivre l’homme qu’elle aimait se voit anéantie quand Jason l’abandonne, elle et leurs enfants, pour rejoindre la couche de la fille du Roi Créon. Condamnée à l’exil, Médée va trouver la force de se révolter et de se réinventer en une vengeance sanglante. Pour se laver des affronts que les hommes lui ont fait subir, elle empruntera le chemin de la mort ; elle se fera incendiaire, dévastatrice, sacrifiant ses propres enfants.

La tragédie d’Euripide a donné une telle dimension à ce personnage qu’il ne cesse de nous interroger et de nous subjuguer encore aujourd’hui.

« Médée est un rêve que d’autres actrices ont fait avant moi. »
Catherine Germain, septembre 2008

Médée : une machine à jouer
Les tragédies grecques sont devenues avec le temps un bien commun. De ces opéras étranges, on a perdu le jeu et la musique ; ont survécu quelques livrets écrasés sous des monceaux de commentaires et les figures installées dans notre imaginaire collectif : Œdipe, Médée, Antigone. […] À première vue, une tragédie athénienne m’apparaît comme une construction lointaine, mystérieuse. Les historiens parlent d’un concours musical, il y a 2500 ans, d’un rituel qu’on imagine inséparable d’un contexte social et religieux. Comment rendre possible le va-et-vient du texte et du jeu, du texte d’hier au spectacle d’aujourd’hui, et du public d’aujourd’hui aux hommes de jadis ? Comment entendre et faire entendre dans la voix d’une tragédienne des sons et des sens qui ne sont pas d’ici ? […]
Au-delà de l’histoire, de l’intrigue, Médée est le spectacle d’une magicienne au travail, d’une comédienne en train de se métamorphoser en monstre sur la place publique, de pratiquer devant nous l’alchimie du jeu. L’art de l’acteur, en somme, dans la peau d’une héroïne mythique. Médée effectue l’acte inouï, de s’accoucher elle-même, de changer de forme pour survivre et se venger de Jason. Performance, expérience hors norme, Médée est un chant sur la position intenable d’une femme, d’une exclue, d’une morte vivante, elle se construit devant nous « déesse de la race des femmes ». […]
La tragédie athénienne ne m’apparaît pas seulement comme un discours politique, logique, mais aussi comme une fête, un lien. Pas un « classique » mais une variation ludique d’aujourd’hui sur une figure immémoriale, une machine à jouer. La présence d’une troupe offerte à la « communauté des mortels », c’est-à-dire des vivants.
Laurent Fréchuret, extrait de la Postface de Médée
(avec l’aimable autorisation des éditions Kimé)
 

Euripide (484 à 406 av. J.-C.)
Il appartenait à la classe aisée et, contrairement à Sophocle, ne prit aucune part à la vie politique de son temps. Solitaire, il ne connut pas la renommée de son vivant. Après sa mort, il fut le grand poète à imiter, et Sénèque, puis les grands poètes tragiques italiens du XVIème siècle, suivirent ses traces. Plus tard, Racine le redécouvrit, et Lessing, Schiller, Goethe l’admirèrent. On ne connaît de lui qu’une quinzaine de tragédies, Alceste, Andromaque, Les Bacchantes, Electre, Hécube… Euripide fut un pessimiste : l’infortune des hommes le tourmentait en même temps qu’elle le fascinait. Faibles, tendres, ses personnages ne peuvent glorieusement s’opposer au Destin et leur passion les emporte toujours.

Laurent Fréchuret
D’abord comédien, il est artiste en résidence au Théâtre de Villefranche-sur-Saône de 1998 à 2004. Pour lui, le théâtre est un espace de dialogue et d’expérimentation, un art collectif qui permet chaque fois de renouveler le dialogue avec le public. Il est directeur du Théâtre de Sartrouville - CDN depuis 2004. Ses dernières mises en scène : Le Drap d’Y. Ravey, Le Roi Lear de Shakespeare, Jamais avant de F. Cervantes, Snarks d’après L. Carroll, Calderón de P. P. Pasolini, Embrassons-nous, Folleville ! de Labiche, La Voix humaine et Le Château de Barbe-Bleue à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne…