Palais de Glace - Atelier de critique

Retour sur l'Atelier de critique autour du spectacle Palais de glace,
dirigé par Agnès Freschel, rédactrice en chef du mensuel Zibeline.

17 spectateurs - d’âges et d’univers très variés - se sont inscrits à ce premier atelier de critique. Tous, bien-sûr, avaient vu le spectacle et, en toute liberté, ils ont très vite donné leurs premières impressions. Puis, Agnès leur a expliqué les contraintes journalistiques et les caractéristiques propres d’une critique écrite. Elle les a ensuite guidés pour décripter et formuler leurs observations sur la représentation vue. Puis, est venu le moment de la rédaction…

Nous vous proposons de partager avec nous quelques articles rédigés par les participants. Certains textes seront également publiés dans le Zibeline de décembre.

Vous pouvez déjà vous inscrire pour le prochain atelier samedi 26 mars 10h – 13h sur Un Pied dans le crime (spectacle joué du 8 au 27 mars)

 

Miroir de glace
L'histoire relatée dans un univers glacé norvégien concerne deux très jeunes filles : Siss et Unn. Leur rencontre est évoquée le long de cordes par deux danseuses acrobates au jeu muet très sensuel et délié, suggérant une expérience intime. Une voix off raconte.
Plus tard, la tante de Unn et Siss adulte, incarnées par deux comédiennes, se retrouvent et dialoguent : leur  gestuelle est très cadrée, créant une ambiance de beauté froide appuyée par le jeu coloré des lumières et de la musique évocatrice et percutante. Un contraste s’établit entre le mouvement relatif au passé et les rôles concernant le présent, plus statiques et récitatifs, aux gestes très précisément calculés par la metteuse en scène Stéphanie Loïk.
L'ensemble nous renvoie à des situations existentielles et reste ouvert, entre autres, grâce à un secret non divulgué.
THÉRÈSE, Retraitée

Tragédie nordique
A la Criée, un palais trouble et glaçant
Tout est en place dés le début.
A cour deux  très jeunes filles-jumelles (âge-tenue-couleur) qui seront les représentations des deux héroïnes adolescentes.
A jardin une très jeune femme figée dans son manteau gris, que l'on découvrira marionnette en attente de son souffle de vie, de son double.
Au centre la tante, Sphinx et chœur à elle seule, parfois bloc d'absence voulue, mais toujours d'une présence qualifiante.
Musique, lumière: la corde apparait comme tombée du ciel, rapidement animée par les prouesses vertigineuses de ces jeunes acrobates fusionnelles. Celles-ci très présentes, toujours éclairées, nous permettent d'appréhender, accentuée par les voix off, la relation particulière, amitié amoureuse entre Siss et Unn.
Faut-il avoir lu le Palais de Glace du norvégien VESAAS pour apprécier cette adaptation de Jöel Jouanneau mise en scène par Stéphanie Loïk ? Du roman on retrouve l’avancée dans le mystère, le monde exigeant et pur de l'adolescence, ses secrets, ses non-dits, ses symboles… la lumière froide de la forêt nordique, celle plus attirante du palais de glace, réchauffant les acrobates et le sol de variations chromatiques apaisantes.
Du secret évoqué par Unn nous ne saurons rien, ni de son attirance pour ce palais de glace, ce rendez vous avec la mort comme une promesse faite à elle-même. C'est un récit auquel nous convie SISS dans son parcours de l'enfance à l'âge adulte, tout en allers retours, comme ces traversées en lignes droites délimitant un espace fermé (limites infranchissables?). Fermé comme ce palais de glace d'où Unn ne sortira pas vivante, et où personne ne pourra plus entrer, fermé comme la solitude à deux de certains adolescents.
La glace, transparence fragile et pureté des cœurs adolescents, miroir de l'âme. Et c'est l'âme qu'on appelle ici... Siss aura beau invoquer de ses bras tendus le ciel, un Dieu vengeur, Unn qu'elle est seule à voir, le passé qui la retient, l'avenir qui l'effraie, la fin inexorable arrivera. Comme cet oiseau qu’on ne voit pas, omniprésent par ses cris et battements d'ailes, présage annonciateur d’un dénouement mortifère.
Enfin le corps de Unn réapparaitra, au printemps de la vie, quand le palais de glace s'effondrera. Disparaitra avec lui le passé, l'enfance. Siss pourra enfin appeler Unn, son nom comme un cri d'amour, le deuil enfin accepté.
MISS.T

Histoire glacée
Palais de glace, pièce de théâtre tirée d’un roman de Tarjei Vesaas mise en scène par Stéphanie Loïk : deux jeunes filles de onze ans ont une relation ambiguë. Elles se voient un après-midi. Le lendemain, Unn ne vient pas à l’école. Mais où est-elle passée ? Tout le village est mobilisé pour la retrouver. Peu de décors sont  présents, tout est basé sur un jeu de sons et lumières. Lors de leur après-midi, Unn avait ténté de confier un secret à Siss, et cette dernière s’était promis de ne le révéler à personne.
Durant la recherche de Unn, nous avons en parallèle Siss, qui a compris qu’elle ne verrait plus sa nouvelle amie et  imagine les derniers instants de Unn dans le palais de glace. À la fin, on se rend compte que Siss nous permet, de façon intrigante, de comprendre autrement l’intrigue, en expliquant à la tante de Unn leur relation et leur secret. Siss raconte comment elle a vécu la disparition de son amie.
Cette pièce de théâtre est imagée par deux acrobates qui représentaient l’ambiguïté entre les jeunes filles. Siss adulte se déplace et exprime sa souffrance en levant les bras au ciel et en criant. La tante de Unn est jouée par  une actrice talentueuse, impliquée et discrète à la fois, qui nous entraîne dans l’univers norvégien.
CLAIRE VERNET, 14 ans, élève en classe de troisième

Coup de froid saisissant
Connaissez-vous la culture Scandinave ? Moi pas. Par son roman Palais de Glace, Tarjei Vesaas nous apprend que nous avons des tabous communs. Et les arts du cirque, sont-ils connus en Scandinavie ? Car la metteuse en scène du spectacle, Stéphanie Loïk, a choisi de représenter les deux fillettes au cœur du roman, Siss et Unn, par deux danseuses sur corde. C'est moderne et délicat. En parallèle, l'adaptation de Joël Jouanneau déroule l'histoire en alternant lecture de dialogues entre les fillettes, incarnation de Siss plus agée, jouée comme déchirée telle une fissure dans la banquise, et la vieille tante de Unn se tenant résolue et figée comme un bloc de glace. Dommage que la non-révélation de ce qui unit ces fillettes intervienne en conclusion au lieu de nous troubler dès le commencement du spectacle.
NICOLAS FONTAINE


Tragique féerie à La Criée.
On attend le froid, un palais translucide, des cascades figées, des ombres glacées pour ce Palais de glace où s'engloutit mystérieusement une enfant. Sur la scène, deux acrobates, très jeunes, très vivantes, éclairées en jaune orangé, dont les corps s'emboîtent, se caressent, répliques des deux enfants, et deux comédiennes. Siss est l'une des adolescentes et elle raconte la disparition de son amie Unn à une adulte qui écoute, explique, rassure. Un secret court tout au long du récit et distille une atmosphère angoissante autour de la disparition de l'enfant.
Une voix "off" permet d'accompagner Unn dans le palais de glace et on a envie de se perdre avec elle, de s'endormir et de rencontrer cet immense oiseau que l'on imagine blanc comme la grande chouette des neiges. Les craquements qui symbolisent la glace, les jeux somptueux de lumière et les cris des oiseaux, très présents, nous transportent dans cette ambiance nordique décrite avec beaucoup de sensibilité dans la mise en scène de Stéphanie Loïk d'un roman de l'auteur norvégien Tarjei Vesaas.
Mais le récit de Siss, enfermée dans son amour, sa douleur et sa culpabilité paraît trop guidé, encadré par des gestes tragiques et un cheminement mécanique sur des lignes droites qui ne permettent pas à l'émotion de se libérer.
RENÉE PENNEC, responsable du partenariat Collège G. Defferre / La Criée.

Les enfants en miroir...
Le Théâtre de la Criée a présenté Palais de glace adapté du roman norvégien de Vesaas. ce par Joël Jouanneau, et mis en scène par Stéphanie Loïk. Une histoire simple, énigmatique, presque un "fait divers" dans un village nordique, qui a pour coeur l'amitié de deux jeunes filles.
Dans une ambiance scénique volontairement dépouillée et froide, Siss se remémore son amitié d'enfance avec une camarade d'école, Unn.
Leur relation naissante, cristallisée autour d'un indicible secret, sera rapidement brisée par la disparition brutale et la mort de Unn dans une cascade de glaces, mais restera vivace dans le coeur de Siss en un douloureux souvenir, miroir présent d'un passé avorté, miroir prison d'incompréhensions et de culpabilités.
Témoin de cette amitié passée  qui reste présente, la tante de Unn, interprétée par une comédienne dont l'économie de jeu et le ton monocorde renforcent la passivité et l’impuissance face à l'avancée du drame, manifeste sa bienveillance toute en retenue à l'égard de Siss la tourmentée.
Cette dernière est interprétée par une artiste dont la fraîcheur et l'exaltation contrastent avec la pesanteur et la froideur des lieux, mises en exergue par des éclairages suggestifs et une ambiance sonore étrange, angoissante, parfois dérangeante par son trop grand réalisme tout comme certains mouvements scéniques ou gestuels mécaniques répétitifs peuvent étonner.
En marge de l'espace central et en miroir aux deux comédiennes, deux jeunes danseuses, acrobates muettes, évoluent au sol et sur une corde raide, en mouvements miroirs esthétiques et sensuels évoquant la relation gémellaire et quasi fusionnelle de Siss et Unn, prises en une amitié trouble, ambigue où la dimension amoureuse s'inscrit en filigrane.
Le miroir symbolique qui retient iss en son douloureux et impossible deuil finira par se briser avec la fonte et l'effondrement du palais des glaces,ce qui aura une effet cathartique sur la jeune fille ...
JEAN-MICHEL MUSCAT, professionnel du spectacle